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Indes réunionnaises
    

     LA BEAUTÉ DE LE CLÉZIO.

    Umar TIMOL


     Un livre de Le Clézio c'est comme découvrir un univers, un univers étrange mais en même temps qui ressemble au nôtre, un univers qui nous parle de choses simples, d'un enfant qui aime la mer, de la beauté d'une femme, de la beauté des étoiles, de la beauté du silence, du langage devenu musique, de nuages qui dansent dans le ciel, d'une coquille égarée sur le sable, un univers si lointain et pourtant si proche et qui nous réapprend le plus important, qui nous réapprend à respirer, à prendre le temps d'être et, surtout, à voir, il nous apprend à forger un nouveau regard qui éclaire autrement la réalité, ainsi dénouer les apparences et les illusions, comprendre que la beauté est partout, partout, qu'elle se manifeste dans le moindre des éléments, qu'elle est inscrite dans une matière qu'elle ne cesse de renouveler, ainsi que la mer a tous les visages, de la nuit et du jour, de la douleur et de la joie, que la mer se métamorphose au gré de nos désirs, de nos lâchetés, de nos vindictes, ainsi que dans le regard d'un enfant il y a les commencements et les fins, la sagesse des temps oubliés et celle qui reste encore à inventer, la beauté indéfectible des innocents, celle qui surgit quand la haine ne résout plus son emprise, ainsi que dans les mots il y a les vertiges et le calme céleste de la musique, ce bal incessant des sens qui éveille la douceur et la générosité, ainsi que dans la parole des démunis il y a des espaces qui étendent indéfiniment la liberté, qui la fait jaillir aux coins les plus reculés de nos prévisibles cupidités, ainsi que dans la diversité des âmes, dans la pluralité de nos couleurs, dans le mélange assoiffé des corps et des destins résident l'amour et la vérité, le plein amour de l'humain, le plein amour de la vérité, ainsi que la simplicité, le dépouillement perpétuel de nos vanités, le refus des possessions inutiles gît un possible devenir pour taire nos violences, ainsi que dans l'instant saisi, capturé se multiplie toutes les extases, que ce bonheur tant cherché, indicible, se situe entre ces deux temps, temps du fini et du possible, et que c'est dans ce temps infini, mais temps de l'instant, qu'il se love, ainsi que la lumière a le pouvoir d'inciser les entrailles des atomes afin de resplendir les incandescences de ses mille soleils, ainsi qu'il faut toujours bêcher son cœur pour l'éveiller à l'essentiel, à ce qui accorde vraiment sens à toute vie, la beauté, les yeux de l'enfance, le sourire éclatant de ceux qui ont compris le dérisoire de nos conquêtes matérielles, ainsi un livre de Le Clézio c'est comme entrer dans un univers, un univers sans fin, un univers proche, connu mais toujours réinventé, un univers qui nous rappelle que la liberté est admissible, que le rêve est un défi à la société mercantile, que le rêve subvertit les matraquages de l'imaginaire, un univers qui nous dit la primauté de la liberté sur toutes les formes d'enchaînements, un univers qui nous apprend, tout simplement et très modestement, à vivre.


© Umar Timol - 2008

 

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