Interview
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IR : Richard Narayanin, pourriez-vous
pour commencer vous présenter à nos visiteurs ?
RN : Je m’appelle
Narayanin Mamindy Richard, je suis originaire de Saint-Denis, j’ai
vingt-cinq ans.Je vis actuellement à Saint-Pierre où je suis marié à
Carvéli mon épouse depuis deux ans. Je travaille comme assistant manager
dans un centre commercial à Saint-Paul.
RN : Je pratique une
activité de peinture sur vitre appelée autrefois : PADON. Ce mot est
d’origine tamoule ( Padam : image ). La peinture représente une divinité
indienne ou des scènes tirées du Mahabharata , du Ramayana et
éventuellement des fameuses illustrations des livres tamouls Nardégam
(bal tamoul) .
RN :
Ces origines remontent à l’arrivée des engagés indiens à la Réunion. Ils
ont commencé par faire des statues et des padons pour pratiquer leurs
cultes (pour ceux qui maîtrisaient l’art de peindre ; sachons aussi qu’en
Inde cette pratique date de plusieurs siècles).Quand je suis au temple, je
pose beaucoup de questions sur des padons qui selon mes sources ont été
dessinés par « TELEVEL », « MARIMOUTOU CADIVEL », « MOUKAI » plus connu
sous le nom de « ti bondié ».
RN :
Je me suis intéressé tout d’abord à la langue tamoule et, à l’âge de six
ans, j’ai commencé mon initiation avec un oncle, monsieur Andy Marcel et
plus tard avec monsieur Radha Kichenin, un Pondichérien. Toujours intrigué
par les fresques qui ornent les temples d’établissement et les petits
Kovils familiaux, j’ai commencé à dessiner sur papier ces divinités.
A
l’âge de quinze ans, j’ai été appelé par une famille pour la rénovation
des dessins d’un temple.
A partir de ce moment je savais qu’il fallait que j’essaie de préserver
cette tradition. Mon premier padon, je l’ai fait à seize ans, c’était
Madourai Viren (mardévirin), un des héros indien parmi les plus adorés à
la Reunion, et aussi le KOLEIDEIVAM de la famille.
RN :
Pour moi, la réalisation d’un padon nécessite beaucoup d’heures de
travail. Le padon est peint à l’envers et pour cela je choisirai plutôt
le mot art que le mot artisanat. Tout le travail repose sur l’aspect
général du padon, ses dimensions, les pinceaux qu’on utilise, la peinture
à l’huile brillante, les paillettes dorées ou argentées, les couleurs (à
chaque divinité correspond une couleur : la déesse Karly : rouge, la
déesse Mariamen : rose ou blanc…).
RN :
A ma connaissance quelques personnes
continuent à travailler le padon, heureusement car certains d’entre eux
m’ont aidé et encouragé.
RN
: Je souhaiterais faire découvrir le padon à des personnes intéressées et
peut-être les initier à travers de petits ateliers dans différents
temples.
Pour l’instant j’ai des contacts avec des gens qui participent à
l’enrichissement de la culture tamoule réunionnaise (Jean-Régis
Ramsamy qui bien voulu faire un reportage sur mes padons, Govindin-Santa
Sully qui m’aide à monter une exposition pour la semaine de l’Indianité à
Saint-Paul au mois d’avril 2006, le site Indes réunionnaises, les
responsables de temples et surtout mes proches , amis qui m’encouragent
dans mes travaux.
- IR
: Pour élargir nos propos, que pensez-vous personnellement de l'état
actuel de la culture d'origine indienne à la Réunion, avec d'un côté les
traditions anciennes héritées des engagés du XIXème siècle, et d'un autre
côté les apports d'une "mode" récente venue directement du Tamil Nadu
contemporain ou de Bollywood ?
RN :
La création d’écoles qui enseignent les langues indiennes, les écoles de
Barathanatyam, la venue d’artistes indiens pour la rénovation des temples
… c’est très intéressant mais il ne faut pas oublier le Nardégam : le
théâtre populaire, les sélés : statues faites avec du bois et de la chaux
, les padons qui disparaissent de nos kovils, remplacés par statues en
bronze ou des photographies, le Karmon, Koulombarvi…
Il faut que la culture tamoule s’enrichisse, sans toutefois faire
disparaître totalement les traces artistiques de nos ancêtres engagés.
Concernant le Bollywood, j’ai été surpris par les milliers de fans
réunionnais avec la venue de certaines stars bollywoodiennes, cela prouve
que l’Inde possède un des plus grands cinémas du monde et qui surtout est
en train de conquérir la planète. C’est un phénomène que j’apprécie
surtout pour la décoration utilisée dans les films, je regarde de temps en
temps un film quand mon emploi du temps me le permet.
RN :
J’espère que le travail artistique de nos aïeux ne tombera pas dans
l’oubli, que les koylous traditionnels ne disparaîtront pas du sol
réunionnais car c’est dans ces endroits que ce se cache la véritable
histoire de nos ancêtres engagés indiens.
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