Richard Narayanin :

"je savais qu’il fallait que j’essaie de préserver cette tradition"

    
  

   Nous vivons dans un monde moderne ! C'est ce qu'on se plaît souvent à rappeler, pour le déplorer... ou pour railler ceux qui ne semblent pas assez sensibles à cette modernité et à ses impératifs. Richard Narayanin, jeune Réunionnais bien de notre époque, se rappelle pourtant que vivre dans un monde moderne n'implique pas forcément de jeter aux orties les traditions ? Cela est particulièrement vrai de traditions artistiques qui contribuent à donner un sens à la vie, en perpétuant des racines, des valeurs, une esthétique, si simples soient-elles. Ainsi, Richard Narayanin se consacre à perpétuer la tradition des padons, ces images religieuses populaires, sur verre, que les premiers engagés indiens à la Réunion emportèrent parfois dans leurs minces bagages, tant ils y attachaient d'importance...


Interview      Galerie


Interview

  • IR : Richard Narayanin, pourriez-vous pour commencer vous présenter à nos visiteurs ?

RN : Je m’appelle Narayanin Mamindy Richard, je suis originaire de Saint-Denis, j’ai vingt-cinq ans.Je vis actuellement à Saint-Pierre où je suis marié à Carvéli mon épouse depuis deux ans. Je travaille comme assistant manager dans un centre commercial à Saint-Paul.

  • IR : Vous pratiquez une activité traditionnelle dont l'origine remonte à vos ancêtres indiens : quelle est cette activité, et quelles sont ses origines indiennes ?

RN : Je pratique une activité de peinture sur vitre appelée autrefois : PADON. Ce mot est d’origine tamoule ( Padam : image ). La peinture représente une divinité indienne ou des scènes tirées du Mahabharata , du Ramayana et éventuellement des fameuses illustrations des livres tamouls Nardégam (bal tamoul) .

  • IR : Savez-vous comment la tradition a été introduite à la Réunion, par qui ? Avez-vous connaissance d'"Anciens" qui réalisaient des padons ?

 RN : Ces origines remontent à l’arrivée des engagés indiens à la Réunion. Ils ont commencé par faire des statues et des padons pour pratiquer leurs cultes (pour ceux qui maîtrisaient l’art de peindre ; sachons aussi qu’en Inde cette pratique date de plusieurs siècles).Quand je suis au temple, je pose beaucoup de questions sur des padons qui selon mes sources ont été dessinés par « TELEVEL », « MARIMOUTOU CADIVEL », « MOUKAI » plus connu sous le nom de « ti bondié ».

  • IR : Comment avez-vous été formé, par qui, en passant par quelles étapes ?

 RN : Je me suis intéressé tout d’abord à la langue tamoule et, à l’âge de six ans, j’ai commencé mon initiation avec un oncle, monsieur Andy Marcel et plus tard avec monsieur Radha Kichenin, un Pondichérien. Toujours intrigué par les fresques qui ornent les temples d’établissement et les petits Kovils familiaux, j’ai commencé à dessiner sur papier ces divinités. A l’âge de quinze ans, j’ai été appelé par une famille pour la rénovation des dessins d’un temple.
   A partir de ce moment je savais qu’il fallait que j’essaie de préserver cette tradition. Mon premier padon, je l’ai fait à seize ans, c’était Madourai Viren (mardévirin), un des héros indien parmi les plus adorés à la Reunion, et aussi le KOLEIDEIVAM de la famille.

  • IR :  Pouvez-vous nous en dire davantage sur les aspects techniques de votre travail créatif ? Selon vous, s'agit-il d'art, d'artisanat... ?

RN : Pour moi, la réalisation d’un padon nécessite beaucoup d’heures de travail.  Le padon est peint à l’envers et pour cela je choisirai plutôt le mot art que le mot artisanat. Tout le travail repose sur l’aspect général du padon, ses dimensions, les pinceaux qu’on utilise, la peinture à l’huile brillante, les paillettes dorées ou argentées, les couleurs (à chaque divinité correspond une couleur : la déesse Karly : rouge, la déesse Mariamen : rose ou blanc…).

  • IR : Est-ce une activité fréquente à la Réunion ?

RN : A ma connaissance quelques personnes continuent à travailler le padon, heureusement car certains d’entre eux m’ont aidé et encouragé.

  • IR : Je crois aussi que vous faites un travail de terrain pour promouvoir la connaissance des padons : pouvez-vous nous en dire davantage ?

 RN : Je souhaiterais faire découvrir le padon à des personnes intéressées et peut-être les initier à travers de petits ateliers dans différents temples.
   Pour l’instant j’ai des contacts avec des gens qui participent à l’enrichissement de la culture tamoule réunionnaise (Jean-Régis Ramsamy qui bien voulu faire un reportage sur mes padons, Govindin-Santa Sully qui m’aide à monter une exposition pour la semaine de l’Indianité à Saint-Paul au mois d’avril 2006, le site Indes réunionnaises, les responsables de temples et surtout mes proches , amis qui m’encouragent dans mes travaux.

  • IR : Pour élargir nos propos, que pensez-vous personnellement de l'état actuel de la culture d'origine indienne à la Réunion, avec d'un côté les traditions anciennes héritées des engagés du XIXème siècle, et d'un autre côté les apports d'une "mode" récente venue directement du Tamil Nadu contemporain ou de Bollywood ?

RN : La création d’écoles qui enseignent les langues indiennes, les écoles de  Barathanatyam, la venue d’artistes indiens pour la rénovation des temples … c’est très intéressant mais il ne faut pas oublier le Nardégam : le théâtre populaire, les sélés : statues faites avec du bois et de la chaux , les padons qui disparaissent de nos kovils, remplacés par statues en bronze ou des photographies, le Karmon, Koulombarvi…
   Il faut que la culture tamoule s’enrichisse, sans toutefois faire disparaître totalement les traces artistiques de nos ancêtres engagés.
   Concernant le Bollywood, j’ai été surpris par les milliers de fans réunionnais avec la venue de certaines stars bollywoodiennes, cela prouve que l’Inde possède un des plus grands cinémas du monde et qui surtout est en train de conquérir la planète. C’est un phénomène que j’apprécie surtout pour la décoration utilisée dans les films, je regarde de temps en temps un film quand mon emploi du temps me le permet.

  • IR : Et quels sont vos projets pour l'avenir ?

RN : J’espère que le travail  artistique de nos aïeux ne  tombera pas dans l’oubli, que les koylous traditionnels ne disparaîtront pas du sol réunionnais car c’est dans ces endroits que ce se cache la véritable histoire de nos ancêtres engagés indiens.

 

Haut de page


Galerie

                  
             
         
                          

Haut de page


   

Retour à la page précédente

SOMMAIRE