Mini-mémoire sur les salles vertes

                 (Un travail d'Eric Allagapen, étudiant en DEA d'histoire à l'Université de La Reunion)

                  

Le mot patrimoine vient du latin patrimonium, de pater, le père. Il inclut dans ses racines la notion de transmission, celle d’un bien venant des parents. Cette définition s’applique désormais à une échelle supérieure, celle de la nation, à travers les termes de patrimoine culturel ou historique. Il s’agit là d’un héritage commun à tout un peuple, legs effectué par les premiers habitants. Cette donation est polymorphe, biens matériels ou immatériels : vieilles pierres, livres précieux ou même recettes culinaires, tout ce qui peut entraîner la population à participer à une certaine communion sociale mais aussi à l’entretien d’une mémoire collective.

A La Réunion, le patrimoine constitue une partie du capital culturel de l’île recelant toutes les influences qui façonnent aujourd’hui la société réunionnaise. Cela fut déjà observé au XIXème siècle par un voyageur du nom d’Auguste BILLIARD qui insiste plus spécifiquement sur l’empreinte indienne sur l’île :

Les approvisionnements pour les armées de l’Inde se faisant aux îles de France et de Bourbon, le roi ayant autorisé les deux colonies que la Compagnie laissait manquer d’objets de première nécessité à faire le commerce d’Inde en Inde, on vit arriver des ouvriers malabars qui apportèrent le goût de leurs constructions, des marchands chargés des produits de la Chine et du Bengale, des officiers de DUPLEIX et de BUSSY qui vinrent se reposer de leurs fatigues sous un ciel plus salubre que celui de l’Indostan. Les usages, les monuments, les costumes, tout prit une physionomie moitié européenne et moitié asiatique ; les mœurs elles-mêmes prirent une nuance des mœurs de l’Orient. (1)"

Un exemple d’élément patrimonial d’origine exogène : la sal’ vèrt’(2)

La salle verte est un élément patrimonial partagé par tous les Réunionnais, même si son utilisation diffère selon le milieu culturel et religieux. Construction minutieuse, soignée, obéissant à des règles précises pour certains habitants de l’île, elle connaît des variations de style et d’usage chez d’autres.

Quelles sont les origines de la salle verte ? Comment l’élève-t-on ? Comment expliquer sa diffusion depuis une fraction de la population - les Indiens et leurs descendants - vers un peuple tout entier et enfin sa fonction ? Voici les interrogations auxquelles nous tenterons de répondre.


(1)BILLIARD Auguste, Voyage aux colonies orientales (Lettres écrites à M. de MONTALIVET ancien ministre de l’intérieur pendant les années 1817 à 1820), Mascarin, Saint-Denis, 1990, 254p., p.237
(2)Avertissement au lecteur. Pour la commodité de l’exposé il est à noter que sal’ vèrt’ désigne l’élément architectural à La Réunion, salle verte en métropole et pandèl en Inde.

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