Le montage de la sal’ vert’, description technique

Le pandèl des indiens obéit à des règles précises de montage. La première étape est la mise en place du premier poteau.

Cette opération est importante (1). Le premier poteau est planté accompagné de prières et orienté vers le nord-est, il porte le nom de muhùrtakkàl. Il est considéré comme le Dieu Shiva, dieu de la prospérité.

Il existe un lien fort avec la nature, les Indiens sont très " écologistes " (2) et respectent la nature dans sa totalité, nature végétale, animale voire minérale. Pour les cérémonies maritales, la couleur verte est prescrite, l’usage des feuilles desséchées étant prohibé.

Seules les feuilles vertes, les bourgeons et les jeunes pousses sont employés car ils symbolisent la vie naissante et la force (3). Les fleurs utilisées sont aussi porteuses de symboles (4). Ce type de réalisations architecturales sont encore en œuvre encore de nos jours avec le respect de toutes les opérations précitées :

"Au centre du parvis carrelé, à l’avant de la sapèl Pandialé, le gardien de la déesse était représenté par une pierre (monèstarlon) scellée sur un autel parallélépipédique. Lorsqu’ils fêtaient Pandialé à la fin du mois de décembre, les fidèles construisaient au-dessus de ce parvis, une salvèrt (salle verte) en bambou recouverte de feuilles vertes, de fleurs et de fruits (cocos, bananes…), dans laquelle ils mettaient notamment en scène le mariage de la déesse et d’Aldunin (mariaj bondye)."(5)

Dans d’autres composantes de la population réunionnaise, la sal’ vèrt’ ne requiert pas autant de minutie. Il s’agit d’un lieu de fête en prolongement du temps sacré déjà vécu à l’intérieur de l’église avec les échanges d’anneaux et le sacrement du mariage. La salle verte imprime dans la mentalité de beaucoup de Réunionnais la notion de fête.

Mais la sal’ vèrt’ peut être une marque de distinction sociale comme le pense Marius LEBLOND : " On a fait construire dans la cour une " salle verte " avec des feuilles de palmistes. Elle est le signe principal de l’aristocratie."(6) La société réunionnaise était autrefois organisée géographiquement en quartiers, îlots de peuplement où tout le monde se connaissait et se côtoyait. L’élévation d’une sal’ vèrt’, un banquet, la fête étaient les occasions de montrer sa richesse, sa puissance. Mais la sal’ vèrt’ est aussi un terrain propice de rencontre celui des parents des mariés. Elle devient l’enceinte qui abrite l’union des familles, l’église étant le lieu de l’union des jeunes époux. Il y a création d’alliances et même parfois renégociation d’alliances. Au XIXème siècle, la terre est le bien le plus important. Le mariage permet soit de conserver les terres ou alors d’en recevoir un lopin.

          


(1)Quelle que soit la civilisation, pour les catholiques ou les autres, la pose de la première pierre d’un bâtiment donne lieu à une cérémonie importante car la première pierre ou le premier poteau sont ceux qui vont soutenir les autres, ils servent de base.
(2)Remarque faite par Ayèr VEDAYA lors d’un entretien à Saint-André le 16 mai 2000.
(3)Il est à noter que l’adjectif vert est issu du latin viridis, qui a encore de la sève.
(4)Les feuilles de bananier sont employées car elles symbolisent la fertilité, un bananier ayant la possibilité de se multiplier facilement.
(5)CALLANDRE Florence, Koylou. Représentation divine et architecture sacrée de l’hindouisme réunionnais, I.L.A. , Saint-Denis, 1998, 575p. , p. 499. Il est à noter qu’elle donne un autre exemple de montage de salle verte, mais cette fois ci en l’honneur de Karli : " Les fidèles de la déesse construisaient, pour sa fête, une salle verte en bambou recouverte de feuilles vertes, et décorée de troncs de bananiers et de fruits au-dessus de ce parvis. Cette salle verte était comparable à celle de Pandialé mais la couleur dominante était le rouge. " p. 500
(6)LEBLOND Marius, Les îles sœurs, Alsatia, Paris, 1946, 250p. , p. 159

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