SRI LANKA : sang innocent et haines coupables

A l'heure où le gouvernement sri lankais proclame sa victoire
et la fin de la guerre, le pays entre-t-il pour autant dans une ère de paix ?

 

 

 

 


 

 

 

 


   Ainsi donc, les combats opposant les forces armées sri lankaises, entièrement composées de Cinghalais, aux Tigres de Libération de l'Eelam Tamoul se sont soldées par la défaite de ces derniers. L'ultime carré de résistance des Tigres a finalement cédé sous une pression militaire destructrice et acharnée. Les chefs de la rébellion sont morts, V. Prabhakaran en particulier. Le Président Rajapakse pavoise, et les drapeaux à l'effigie du lion cinghalais dansent dans les rues de Colombo. La communauté internationale, dont les molles initiatives ont fait clairement comprendre le peu d'intérêt qu'elle portait à ce conflit, n'ont empêché aucune des horreurs de cette guerre civile. Des milliers d'innocents ont péri ; plus nombreux encore sont les blessés, les infirmes, les déplacés, le traumatisés à vie. La diaspora tamoule hésite entre incrédulité, douleur et colère haineuse.
   Qu'adviendra-t-il à présent ? On répugne à jouer le rôle, souvent trop facile, de l'oiseau de mauvais augure. On voudrait croire que la défaite des LTTE - un mouvement souvent sanguinaire et criminel - pourra mettre un terme aux violences et aux atrocités. On voudrait croire que la victoire de l'armée cinghalaise - désormais moralement contrainte à ne plus se livrer à ses agissements souvent sanguinaires et criminels - permettra de pacifier un pays unifié. On voudrait croire que les bonnes volontés, l'intelligence et le désir de paix seront les marques des esprits qui vont prendre à présent des décisions cruciales. Et pourtant on ne peut s'empêcher d'envisager que le pire n'est pas exclu. Le grondement sourd des vagues d'attentats suicides se fait entendre au loin comme un tonnerre : simple écho du passé, ou préfiguration de l'avenir ? Les visages arrogants des uns font se fermer les poings des autres. Si l'on se glorifie d'une victoire avec trop d'arrogance, on s'expose à n'en jouir que peu de temps, parce qu'on ouvre déjà la voie à la soif de vengeance chez ceux que l'on a humiliés.
   J'ai été amèrement déçu à chaque fois que j'ai vu manifester, dans les capitales occidentales, la communauté tamoule brandissant les seuls drapeaux du LTTE. Que signifiaient ces manifestations ? Réfléchissons-y objectivement et honnêtement : signifiaient-elles une volonté de paix, ou bien celle d'une victoire sur l'ennemi ancestral, la victoire d'un mouvement de terreur ? Quel enseignement faut-il en tirer ? Que le peuple tamoul, qui n'a pas obtenu cette victoire, a désormais en lui une rancoeur décuplée par l'humiliation de la défaite. Une bombe à retardement.
   J'ai été amèrement déçu à chaque fois que j'ai vu les autorités sri lankaises, civiles ou militaires, arborer des airs de satisfaction ou de puérile jubilation après les glorieux exploits accomplis sur le terrain. Que signifiaient ces airs ? L'aveuglement de ceux qui n'ont tiré aucune leçon du passé et qui ferment les yeux face à l'avenir. L'intolérable morgue de ceux qui méprisent la souffrance par eux-mêmes infligée. Quelle conclusion faut-il en tirer, sinon que ce n'est pas ainsi que l'on garantira la paix et l'harmonie entre Tamouls et Cinghalais ?
   Le Président Rajapakse - c'est lui désormais qui a les cartes en main - doit donner au peuple tamoul des preuves concrètes que ses intentions sont celles du président de tous les Sri Lankais. Les Tamouls attendent d'être considérés comme des citoyens à part entière, reconnus, respectés. Après ce qu'ils ont subi, sans doute attendent-ils même un peu plus que cela. Saura-t-il avoir l'intelligence et le coeur de comprendre et d'agir comme l'exige la paix et comme le mérite ce pays ?

 

 

Initiatives

   Le site Indes réunionnaises se propose de centraliser et de relayer toute initiative de bonne volonté en faveur de la paix au Sri Lanka. Dans un esprit d'indépendance et de neutralité, nous demandons que ces initiatives soient fondées sur le refus de toute prise de position en faveur de l'un ou l'autre des belligérants. Associations, ONG, particuliers : n'hésitez pas à nous transmettre vos propositions : pétitions, blogs, actions diverses sur la terrain, sur Internet...
   Écrivez-nous : webmaster[(at)]indereunion.net


Dans un état d'esprit un peu différent :
Initiative de l'association Tamij Sangam

LA GUERRE OUBLIEE DE L’OCEAN INDIEN GENOCIDE DES TAMOULS AU SRI LANKA

   La guerre civile fait rage entre l’armée srilankaise et la minorité ethnique tamoule du nord de cette île. La population civile subit sans cesse les bombardements aériens aveugles, faisant des milliers de victimes.
   Les Organisations Non Gouvernementales ont reçu l’ordre de quitter le pays et donc d’abandonner ces Tamouls à leur souffrance quotidienne.
L’indifférence des grandes puissances et des Nations Unies  à cette catastrophe humanitaire est  indigne de leur prétention de défendre les Droits de l’Homme dans le monde.

LES TAMOULS DU MONDE ENTIER SE MOBILISENT UN RASSEMBLEMENT PACIFIQUE SUR LE PARVIS DES DROITS DE L'HOMME DEVANT LE THEATRE DU CHAMP FLEURI A SAINT DENIS EST PREVU LE SAMEDI 21 FEVRIER 2009 A 17H. VENEZ NOMBREUX MANIFESTER VOTRE SOUTIEN AUX TAMOULS DU SRI LANKA.

 


Extrait de la lettre d'information du site Indes réunionnaises n°89

   En ce mois de février 2009 je souhaiterais ouvrir cette page d'information en attirant une nouvelle fois votre attention sur ce pays en proie à un atroce conflit : le Sri Lanka. Les médias francophones s'y intéressent aujourd'hui un peu plus, parce que l'odeur de sang se fait plus forte et que cela attise l'instinct fondamental du journaliste. Mais quelle indifférence tout au long des années ! Quelle indifférence encore aujourd'hui dans les hautes instances internationales, quant ailleurs on déploie des efforts évidents - ce qui ne les empêche pas 'être vains, direz-vous ! On le sait bien : il est des conflits qui monopolisent l'attention, des conflits qui font vendre, et d'autres qui laissent froid. Désespérément froid. L'esprit humain est ainsi fait... et cela a quelque chose de bas...
   L'armée gouvernementale, qui incarne principalement le pouvoir effectif de la majorité ethnique cinghalaise, est sur le point d'écraser les troupes rebelles des Tigres de Libération de l'Eelam Tamoul. Ni les uns, ni les autres ne sont des anges, ne nous leurrons pas. On ne fait plus qu'aux naïfs le coup des "forces du Bien" et des "forces du Mal". Constatons simplement : des civils innocents sont tombés déjà par milliers et tombent encore, enjeu horrible d'une sale guerre. Constatons aussi : mettre fin à la guérilla des Tigres n'est pas, ne sera pas la solution à un problème plus profond : l'intégration de la minorité tamoule dans le pays ; une soif de vengeance revivifiée naît toujours d'une défaite humiliante et intimement ressentie comme injuste (regardons l'Histoire, regardons l'actualité au Proche ou au Moyen-Orient). Constatons encore : la lutte entre Cinghalais bouddhistes et Tamouls hindouistes, avec heureusement des accalmies parfois longues, dure depuis 2 500 ans. Interrogeons-nous enfin : lorsqu'on parle avec la plupart des Sri Lankais - j'en témoigne personnellement - Tamouls ou Cinghalais, croyez-vous qu'ils ne n'aspirent pas à autre chose que vivre dans un pays en guerre, où la liberté et la sécurité du citoyen sont bafouées au nom de causes "supérieures" qui entraînent assassinats, massacres, attentats et exodes ? Le croyez-vous ?

   Ayons au moins une pensée. Ou peut-être faisons un peu plus. Que ceux qui le souhaitent m'écrivent, par réponse à cette lettre. Je propose de mettre en ligne sur Internet une pétition destinée à demander une action internationale pour la paix au Sri Lanka, dont nous pourrions rédiger le texte définitif en concertation. Si, parmi les centaines d'abonnés que vous êtes quelques dizaines se mobilisent au moins, ce sera le signe que nous pouvons nous lancer dans cette modeste action. Je compte sur votre réponse.


Réponse à un article de Raphaël Confiant
(Article : SRI-LANKA - FIN DU MYTHE DE LA DOUCEUR EXTREME-ORIENTALE)

   Cher Raphaël Confiant,
   J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre réflexion sur la situation au Sri Lanka. Je partage en grande partie votre point de vue, en particulier lorsqu'il s'agit de dénoncer la violence et l'horreur d'un conflit dont l'un et l'autre camps doivent être tenus pour coupables. Dans quelle proportion ? A quel niveau et à quel degré ? L'Histoire même ne saura jamais tout à fait en rendre compte. Le regard immédiat que nous portons sans beaucoup de recul encore moins.
Il y a cependant deux points contre lesquels je tiens à élever ma voix.
   Premièrement - et j'admets que l'on puisse toujours discuter la chose - il me paraît facile et caricatural d'amalgamer systématiquement violence et religion. Que des individus et des groupes humains de religion chrétienne, hindoue, bouddhiste, musulmane, juive ou shintoïste... se soient livrés et se livrent à la violence, nul ne saurait le nier. Ici encore, nus ne jouerons pas le jeu de savoir où est le pire et où est le "moins pire". Que la religion de ces individus ou de ces groupes humains soit la source même de la violence serait autre chose, et serait un abus. Les situations, on le sait, connaissent une infinité de nuances. Que les croisades chrétiennes du Moyen âge en "Terre sainte" ou en Pays Cathare, que le jihad islamique actuel... soient des formes odieuses de violence inspirées par les autorités religieuses est chose certaine. Que la religion elle-même soit la raison d'être, et l'unique raison d'être, de ces violences serait autre chose. Pour ce qui est du Sri Lanka aujourd'hui, que je sache, la situation conflictuelle repose beaucoup plus sur des bases politiques et sociales, voire économiques, que sur des bases religieuses. Cela n'empêche pas des religieux bouddhistes ou hindous de se transformer en pousse-au-crime. Certes. Ce qu'il faudrait dire explicitement alors, c'est que la religion, quelle qu'elle soit, occidentale, orientale ou extrême-orientale, n'empêche pas que certains de ceux qui s'en réclament soient d'abominables criminels. Et je pense, Raphaël Confiant, que c'est ce que vous souhaitiez exprimer. Ce qu'il ne faudrait pas laisser sous-entendre, c'est que la religion serait cause fondamentale et unique de tous ces maux. C'est un individu n'adhérant à aucune religion qui le dit.
   Le second point auquel il me faut impérativement réagir est tout autre. Mais cette fois c'est avec certitude que je me permets d'intervenir. Votre article contient une erreur historique monumentale. Certes les colons britanniques, comme aux Antilles, aux Mascareignes, aux Fidji, etc. ont engagé des travailleurs tamouls, notamment sur les plantations de café (avant la reconversion obligée dans ce qui est devenu le thé de Ceylan) au XIXème siècle. Mais cette "communauté" tamoule récente, installée dans les Hautes-Terres de l'île, au centre-sud, n'a pratiquement rien à voir avec le conflit qui frappe le nord et a aussi concerné l'est du pays. Là résident depuis 2 500 ans environ des Tamouls, arrivés dans l'île à peu près en même temps que les Cinghalais ! Nous ne chercherons pas à régler ici des questions de préséance ! Si ce devait être le cas, il faudrait plutôt évoquer les véritables autochtones de l'île, les Veddahs, aujourd'hui quasi disparus. Ce que je cherche à faire comprendre, c'est que la question de légitimité, de droit à la terre et de ce qui en découle plonge ses racines dans des problématiques autrement plus anciennes - et donc inextricables - que ce que vous semblez croire. Opposer la situation sri lankaise à celle de la Palestine et d'Israël n'et donc pas aussi évident. Si une différence majeure existe - et encore serait-elle à voir de beaucoup plus près - c'est que Tamouls et Cinghalais avaient abouti assez tôt à une répartition géographique, certes fluctuante, de leur implantation, tandis que Palestiniens, Hébreux et autres peuples de leur région vivaient essentiellement en nomades, parcouraient les mêmes territoires et ne s'inscrivaient donc pas dans des frontières qu'ils revendiquent aujourd'hui où l'ordre mondial impose plus ou moins qu'une nation corresponde à un pays et un pays à un territoire borné.
Pour mieux comprendre la situation sri lankaise, je vous renvoie à mon site Indes réunionnaises (www.indereunion.net). Vous y trouverez notamment un dossier sur les Tamouls du Sri Lanka (http://www.indereunion.net/actu/Lanka/tamouls.htm) un peu ancien mais toujours d'actualité, ainsi qu'une page appelant à la Paix au Sri Lanka (http://www.indereunion.net/special/paixSL.htm). Je viens par ailleurs de lancer un appel, sur ma dernière lettre d'information, postée hier : le projet d'une pétition pour demander aux instances internationales d'intervenir plus fermement qu'elles ne le font sur le conflit en cours. Si votre site peut relayer cette initiative...


Dossier sur les Tamouls du Sri Lanka
Sri Lanka Photos

 


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