INTRODUCTION
(suite)
RAPIDE SURVOL DE QUELQUES SIECLES DHISTOIRE (2)
Cest alors quentrent en scène de peu scrupuleux personnages : les tristement célèbres "mestrys", agents recruteurs aux méthodes descrocs qui vont semparer des personnes de milliers de laboureurs, coolies et autres pauvres hères, tous sujets du roi dAngleterre, pour en faire des "engagés" destinés au travail sur les plantations ou dans les manufactures des Antilles, de Guyane ou de la Réunion, en lieu et place des esclaves affranchis. Ce mode de recrutement explique que limmense majorité des migrants seront issus des basses castes : ouvriers agricoles (pallas et pallys...), pariahs... tous laissés-pour-compte dans une Inde anglaise où la misère étend inexorablement son empire. Les procédés des mestrys sont souvent ignobles : de la fausse promesse à la séquestration, des clauses fallacieuses sur les contrats dengagement jusqu'à de véritables rapts... on ne sembarrasse pas de morale. Au cours du siècle, 120 000 Indiens seront ainsi victimes de lodieux trafic. Mais quel aurait été leur sort sur leur terre natale ? (Photo3, photo4, photo5, photo6, photo7). Le transport seffectue dans des conditions inhumaines, à bord de navires surchargés, au milieu du bétail ou de denrées en voie de décomposition. Cest parfois le naufrage, comme celui de lAlly en 1865 au large du Bengale : 321 victimes. On meurt aussi dépuisement, de maladie, voire dasphyxie ou de suicide. Sur les lieux de travail, ces "libres" immigrants sont exploités sans vergogne, généralement au mépris des termes de leur contrat. Se constitue alors une nouvelle classe servile, souvent plus misérable encore que celle des esclaves de naguère. Certains privilégiés ont parfois la chance déchapper à ce triste sort en trouvant quelque emploi domestique : cuisinière, jardinier... Cest par ceux-ci que sébauchera dabord lintégration à la société créole en perpétuelle gestation. Intégration linguistique, intégration religieuse surtout... dans les apparences, mais des apparences qui imposeront aussi peu à peu tout ou partie des croyances dont elles se veulent les manifestations. "Tu as donc changé de religion ? fit Boadour.- Ce nest pas cela ! Le curé ma dit que je ne devais manquer la messe sous aucun prétexte. Je vais donc continuer à y aller pour ne pas mattirer dennuis, mais je continuerai à aller chez Cagny !" (Firmin LACPATIA : Boadour - Du Gange... à la Rivière des Roches, p.75. Cagny est le poussari, le prêtre paysan hindou). Souvenons-nous toutefois quau début de la seconde moitié du XIXe s., 6 000 Indiens imprégnés dune foi catholique "officielle" mais quelque peu vacillante sont venus de Pondichéry. Pour eux le Père Charles Laroche fit construire à Saint-Denis la petite chapelle Saint-Thomas-des-Indiens. Les enfants pouvaient recevoir, en langue tamoule, un enseignement fort imprégné de valeurs religieuses catholiques. Monseigneur Maupoint, pour sa part, constate que lIndien "reste attaché à sa religion quil a sucée avec le lait de sa mère", et le décrit non sans une pitié empreinte de mépris comme "prisonnier de ses préjugés de caste, de ses vieux jongleurs et de ses bonzes, de ses superstitions". Considérant les réalités religieuses avec un peu plus de hauteur, lEglise constatera plus tard dans son rapport sur la Mission Indienne que, pour ces populations, "toutes les religions sont autant de chemins qui mènent à Dieu". Laboureurs et coupeurs de cannes restent confinés au ghetto de leur camp, dans dinsalubres "cabanons" (a) ou des paillotes de torchis, où saisie (b) et marmite constituent souvent le seul mobilier. Ils nont guère loccasion de se mêler aux autochtones. Au centre de ce camp sélève un mât, à son sommet, chaque soir on allume une lanterne, en lhonneur de Para-Brahma, symbole de la foi ancestrale. Cest au pied du mât quon se réunit le soir, quon célèbre les cérémonies du culte...
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