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On comprend aisément que le transfert de souveraineté administrative et politique de mai 56 ait pu en inquiéter certains. Devenir citoyen de lUnion Indienne, cétait bien sûr se libérer de lautorité coloniale et réintégrer en quelque sorte sa vraie famille, mais cétait aussi renoncer aux avantages dune vie finalement privilégiée pour partager les misères dune nation jeune et surpeuplée, à peine sortie dune domination britannique souvent mal vécue. Quelques uns décidèrent donc de quitter leur terre natale pour échapper à ce quils craignaient être le pire. Episode suivant : fin 1961. Paris offre aux 300 000 habitants des anciens comptoirs la possibilité de conserver la nationalité française. Ils sont moins de 20 000 à faire ce choix au cours des six mois de délai accordés. Preuve quune immense majorité préférait jouer les pauvres loups que le chien de la fable ? Pas si sûr ! Il semblerait que les négociations de gouvernement à gouvernement se soient déroulées largement à linsu des principaux intéressés. Analphabétisme, rétention de linformation par quelques uns la population la plus humble a globalement été tenue dans lignorance de ce qui se tramait. Ceux qui ont opté pour la France décident pour la plupart, à leur tour, de plier bagage. Personnels administratifs, fonctionnaires, enseignants ils se retrouvent en Métropole, coopérants dans les pays de lancien empire colonial; dautres choisissent les Départements dOutre-Mer, ne serait-ce que pour leur climat plus attrayant. Cest ainsi que, vers la fin des années 60, environ cent cinquante familles "pondichériennes" résident à la Réunion. Parmi elles, certaines sont karikalaises, mahésiennes ou yanaonnaises dorigine. Beaucoup sont catholiques, une infime minorité musulmanes, les autres de religion hindoue. Une diversité qui a pratiquement interdit que se constitue une communauté véritable. Départs, décès, intégration par les mariages mixtes : le nombre de ces familles a aujourdhui diminué de moitié. Ces "Pondichériens", dabord catalogués comme "Malbars pondichériens" mais jamais confondus avec les "Tamouls", malgré leur origine, ont souvent été considérés de manière ambiguë, en tout cas pour ce qui est des familles hindoues. Dune part on a pu avoir tendance à les rejeter ou les marginaliser, pour leurs apparences, leurs pratiques différentes. Sans doute aussi parce quelles représentaient limage dun hindouisme exempt de la créolisation locale, doù un quelconque complexe dinfériorité ou de supériorité, de la part des défenseurs dune religion originale des Malbars réunionnais. Dautre part on a aussi regardé avec un soupçon de curiosité et denvie, on a fini parfois par imiter ceux qui ne sont finalement que des cousins un peu plus proches de la terre ancestrale. Cest ainsi qua pu se réaliser discrètement un transfert culturel participant du grand mouvement de "renouveau tamoul". Les "Pondichériens", vivant à lindienne, pratiquant plus assidûment un hindouisme plus conforme à une certaine image valorisée, ont donc incontestablement influencé toute une partie des Indo-Réunionnais, par exemple dans le domaine vestimentaire ou dans celui des rituels religieux.
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