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Au cours dune fête profane qui peut durer quinze jours, à partir de la nouvelle lune, en période pascale, on installe un arasânikâl , symbole de mariage, planté en terre. Autour de celui-ci vont danser tous les soirs une jeune fille et un jeune homme : Karmon (ou Malmoudènn, dont le nom vient du tamoul Manmadhan) et Laadi (ou Rady), fille de Shiva. Ils seront bientôt rejoints par une troupe de personnages déguisés et masqués, représentant les invités du mariage. La danse elle-même est de forme élémentaire et, pour les "invités", se traduit surtout par des courses circulaires chaotiques accompagnées de contorsions et de coups de sifflets, le tout sur fond de percussions traditionnelles. Pour qui a assisté à des manifestations carnavalesques en pays créole, il y a là de frappantes ressemblances. Un récitant intervient de temps à autre pour rappeler les épisodes la légende sur laquelle est fondée le karmon. Le dernier soir, le feu sera mis à larasânikâl au moyen dune corde descendant dun édifice voisin, sur laquelle glissera une figurine enflammée : évocation dun épisode mythologique au cours duquel Shiva (ici sous le nom dIsplin), tiré de sa méditation par le jeune marié, incendia ce dernier de son regard. La danse durera toute la nuit, les personnages masqués symbolisant désormais les maux et mauvais présages, lapproche du chaos. Au matin, on part en procession vers les eaux purificatrices de la rivière, afin de restaurer lordre cosmique. La jeune veuve sera noyée... Plus tard le couple ressuscitera, ce que symbolisera l'acte de verser, sur le bûcher refroidi, du miel et du lait au lendemain de la noyade de Laadi. Le mot karmon vient de Kâma, le Cupidon hindou,
fils de Vishnou et Lakshmî. Florence Callandre (a)
évoque avec précision cette fête et la légende qui la sous-tend (Extrait sonore et version de la légende). Il faut préciser
que cette coutume est l'héritière directe d'une fête hindoue appelée Holi dans le nord
de l'Inde et Kâmadahana dans le sud. Comme pour toutes les fêtes hindoues, il existe des
explications variables aux origines de Holi et de Kâmadahana. Holi fut à l'origine une
fête de la plus basse des quatre castes, celle des shudras (paysans). Une des légendes
fondatrices prétend que Holi tire son nom du démon Holika qui, ayant pris une forme
féminine, voulut tuer l'enfant Krishna en le nourrissant de son sein enduit d'un produit
intoxicant. Bien évidemment, l'enfant divin triompha du démon. Une autre légende
affirme que Holika terrorisait une région - indéterminée - en enlevant et dévorant les
enfants... jusqu'au jour où il fut capturé et brûlé. L'esprit carnavalesque existe bel et bien dans la
tradition indienne elle-même : on célèbre Holi en aspergeant les voisins et les
passants d'eau colorée ou de poudre rouge (couleur de l'amour charnel), certains
boivent de l'alcool ou consomment du cannabis, pour mieux renverser les barrières
sociales, les oppositions de castes, d'âges, de sexes, de fortunes sont oubliées le
temps de la fête... qui se situe au moment où débute en Inde le printemps, le renouveau
des forces vives et de la fertilité. (a) Dans son livre Koylou.
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