a Fête des Dix Jours en
lhonneur de Muruga est, on le comprendra aisément à la seule évocation de ce
dieu, typiquement tamoule (a).
On en a un exemple particulièrement touchant et grandiose dans la ville sainte des
Tamouls sri lankais, Kataragama.
Comme toutes les fêtes religieuses, le Kâvadi puise son
origine dans une fort ancienne légende. Celle-ci met en vedette un certain Idumban
(lOrgueilleux) à qui son guru, le célèbre sage Agattiyâr, demanda de se rendre
au mont Kaïlash et den rapporter les sommets de deux montagnes voisines. Cest
ce que fit Idumban, accompagné de sa femme. Il attacha les deux sommets aux extrémités
dune palanche (kâvadi) et se mit en route. Le dieu voulut le récompenser pour sa
foi et sa force spirituelles, manifestées par lexploit accompli, mais les
circonstances furent telles que la rencontre tourna mal et Idumban y laissa la vie. Sur la
prière de ses proches, il fut toutefois ressuscité par le dieu apaisé, qui proclama
alors que ceux qui porteraient le kâvadi jusqu'à son temple obtiendraient sa grâce. On
peut voir là, notamment, une parabole rappelant combien est difficile la voie de la
spiritualité, au bout de laquelle toutefois celui qui sait ne pas renoncer obtient la
récompense suprême.
A la Réunion, la Fête des Dix Jours est célébrée à
des dates différentes, par exemple en janvier ou février à Saint-André et Saint-Louis,
en avril ou mai à Saint-Pierre, en août-septembre à Saint-Denis... La célébration
débute en principe par lérection dun poteau (naktal) près du temple, signe
dentrée dans un temps sacré, tandis que le dieu Muruga est montré au public dans
un pandel.
Chacun pourra ainsi recevoir son darshan.
Suivront, dans les jours à venir, plusieurs rituels tels
que des purifications répétées, la montée du drapeau, lattache du cordon
safrané au poignet des fidèles prenant part à la "pénitence", à celui du
prêtre, aux représentations divines et aux objets du culte... Quarante-deux koumbam,
symbolisant chacun une divinité, seront confectionnés et installés de façon à
dessiner un lingam ;
le prêtre procédera à une pûjâ pour chacun deux, avec une
attention toute particulière pour le koumbam de Muruga (récitation de 1008 mantras,
ouverture du troisième il par application dun pottu
fait à partir des cendres du foyer sacré...). Tous les jours a lieu également une
procession autour du temple, dont le but est de faire royalement circuler la statue de
bronze de Muruga et de ses deux épouses parmi les simples mortels. De nouvelles offrandes
sont faites, de noix de coco, deau safranée, de lumière.
Le moment le plus connu du Kâvadi, le plus spectaculaire
aussi, est sans contexte le déroulement du dixième jour. Près de leau
purificatrice dune rivière ou de la mer sous le regard de la statue divine placée
dans le thêr,
qui est un véritable petit temple mobile autant qu'un char processionnel, les pénitents
se font implanter sur le corps un nombre consacré daiguilles en forme de Vel. Je
citerai ici lexcellente brochure de lAssociation Siva Soupramanien de
Saint-André, Le Cavadee - Mythologie et Rituel :
"Limplantation des aiguilles dargent matérialise le vu de
silence ; elle symbolise la victoire du bien sur le mal. / Dautre part, il est
dit que les rayons du soleil sur largent ont des actions bénéfiques sur le corps
humain, les aiguilles favorisant la circulation de lénergie solaire en ce
dernier."
Limposante procession des pénitents, chargés du
kâvadi sur lépaule, pieds nus sur le bitume à peine rafraîchi par quelques
aspersions deau, se dirige vers le temple. Des fidèles placés sur le parcours,
parmi les nombreux curieux, procèdent à des offrandes à Muruga. Elles serviront pour le
dernier rituel, au cors duquel des lampes allumées sont présentées au dieu, dont la
puissance a alors atteint son point culminant. Chacun est satisfait : qui
davoir réalisé sa "promès", qui davoir reçu un peu de la
bénédiction divine, par exemple sous la forme du lait (b)
contenu dans les sembou
portés par les pénitents... Le lendemain, le drapeau est redescendu et lon honore
Idumban. Le cycle est achevé.