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Indes réunionnaises
    

    LES CASTES EN INDE

   Patrice LOUAISEL


 Le système hindou des castes est particulièrement difficile à comprendre pour les Occidentaux. On a cherché au système des castes des causes historiques, des justifications ethniques, des explications professionnelles et corporatives, des sanctions religieuses… Et certes dans tout cela, il y a un peu de vrai. De plus, les hindous - qui y sont profondément attachés - sentent chez nous une hostilité encore plus grande que notre ignorance, ce qui ne les encourage pas à nous en parler librement.

 Dans son principe, le système indien des castes correspond à une division de la société en quatre castes :
  
1)     
les BRAHMANES chargés du devoir religieux, de la conservation et de la transmission des textes sacrés, de la culture, de la science et de l’enseignement en général.
   2)      Les KSHATRIYAS chargés de défendre le droit et de protéger les faibles, auxquels incombe l’emploi de la force quand c’est nécessaire. On y trouve les militaires mais aussi les souverains.
  
3)     
Les VAISHYAS, commerçants, agriculteurs, banquiers, tout ce qui concerne l’économie et l’argent.
   4)      Les SHUDRAS, serviteurs, travailleurs agricoles et artisans.

   Aux enfants des trois castes supérieures - interdépendantes - on remet entre huit et douze ans le cordon sacré.
   Au-dessus de ces quatre castes, ceux qui ont embrassé la vie monastique : les sannyasi ou renonçants. Au-dessous, ceux qui n’ont pas été jugés dignes d’en faire partie : les parias -ou dalits - ou intouchables, exclus de leur caste pour s’être mélangés ou mariés avec une caste inférieure ou encore les mlecchas, les étrangers.

   A chacune de ces castes, ses devoirs propres : ainsi les brahmanes doivent manifester vérité, charité et pardon, bonne conduite, bienveillance et compassion tout particulièrement..
   On n'est donc pas seulement brahmane de naissance mais parce qu’on est doté des qualités correspondantes. C’est ainsi que le Swami Vivekananda considérait les Européens comme kshatryas, et les Américains comme Vaishyas.

   Toutefois, chez le brahmane persiste aujourd’hui un grand orgueil de caste, une perpétuelle préoccupation de pureté, de non-souillure notamment dans les contacts corporels et l’alimentation. Les exigences de la vie ont pu obliger certains brahmanes à se lancer dans le commerce ou les affaires, ou comme ouvriers agricoles dans les zones montagneuses. Ceci dit ils ont l’exclusivité de la prêtrise et de l’enseignement.

   Le kshatriya doit sans cesse lutter pour l’honneur. Il ne peut manquer à sa parole et n’a le droit de refuser aucun défi.. Il doit acquérir des richesses qu’il doit redistribuer avec libéralité. Il doit faire régner partout la justice.

   Le vaishya doit accroître et gérer la richesse matérielle. Lui incombe l’Agriculture, l’Industrie, le Commerce, la Banque et la Charité.

   Le shudra a pour devoir de servir. C’est de cette caste que sont issus une bonne partie de nos engagés indiens réunionnais.. Ils constituent la majorité de la population indienne. Ils sont autorisés à manger certaines espèces de viande : mouton, chèvre, volailles. Ils ne doivent pas apprendre les Védas, mais seulement étudier les Puranas.

   Le nom de famille est souvent révélateur de la caste, tout comme la façon de s’habiller et les marques faites sur le corps. On devient paria ou intouchable pour s’être mélangé ou, pire, marié avec quelqu’un d’une autre caste et cette déchéance est transmise à tous les descendants.

   Les intouchables jouissent d’une bien plus grande liberté que les autres castes : ils peuvent manger de la viande, boire de l’alcool, ne pas se laver, et aucune occupation ne leur est interdite. Pour ces raisons, par crainte d’un contact impur, le paria n’est pas autorisé à puiser de l’eau aux mêmes sources et puits que les hindous de caste, ne sont pas reçus chez eux, n’ont ils pas accès à la plupart des temples ni à leurs écoles. Ils ne se plaignent toutefois pas de leur sort car ils considèrent dans leur optique philosophique de « réincarnation » qu’ils ont mérité cette naissance de par leur attitude et de leurs efforts dans leurs vies antérieures. De leurs actions dans leur vie actuelle dépendra leur prochaine incarnation.

   Restent les mlecchas, les étrangers et autres touristes, mais aussi les tribus animistes de la forêt.

   Les membres d’une même caste ont très souvent des professions proches : ainsi y a-t-il des sous-castes de tisserands, de pêcheurs, de blanchisseurs et même de ramasseurs de noix de  coco  … Les castes ont plus une hiérarchie de devoirs à mettre en œuvre que de pouvoirs, droits et prérogatives. Ainsi est-on soumis à des règles d’autant plus strictes que l’on appartient à une caste plus haute.
   Si un fils épouse une femme de condition inférieure, il perd sa caste mais si un père marie sa fille à un gendre de caste inférieure toute sa famille est rejeté de la caste. L’Hindou qui commet une infraction grave aux lois de sa caste est mis en jugement par une sorte de conseil des anciens qui peut le condamner à une amende, à une expiation, voire à l’expulsion dans le pire des cas, tel que se convertir à une autre religion, se marier hors de sa caste, épouser une veuve, jeter son cordon sacré, manger de la viande de porc ou de vache, commettre un inceste ou quitter la terre sacrée de l’Inde.

   Ainsi l’arrivisme social, ce fléau de l’Occident, ne peut il exister en Inde. Un homme qui s’est enrichi ou distingué ne peut déserter sa famille et ses compagnons pour se faire admettre dans un milieu social différent. Il est irrémédiablement solidaire avec le groupe dans lequel il est né et ne peut en sortir que par la déchéance ou… lors d’une vie ultérieure. L’ambition sociale est débarrassée de son égoïsme, l’homme contribuant à élever le niveau social, culturel et financier de toute sa caste. De nombreux Sages se sont manifesté pour son maintien. Ainsi Gandhi : «  le système des castes est inhérent à la nature humaine et l’Hindouisme en a seulement fait une Science. Il s’agit d’une saine répartition du travail d’après la naissance. Toutefois, la conception actuelle des castes est une perversion de l’original ».

   Cet attachement de l’Hindou - voire sa fierté d’appartenir à telle ou telle caste, même s’il est conscient qu’il faille en corriger les abus - doit inciter l’Occidental à une certaine circonspection, voire à un certain respect car, dans notre Occident, il n’ y a guère d’institution sociale qui ait résisté à l’épreuve du temps avec autant de succès.

   Je laisserai pour terminer la parole à l’abbé Dubois : « La division en castes est le chef d’œuvre de la législation indienne. Si les peuples de l’Inde ne sont jamais tombés dans un état de barbarie comme la plupart des autres nations et qu’elle a ainsi pu conserver et perfectionner : Arts, Sciences et Civilisation, c’est à la répartition en caste de sa population qu’elle le doit. »

© Patrice Louaisel - 2008

 

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