dieu tutélaire du peuple tamoul est Mourouga (Muruga) chef des armées
célestes, divinité de la jeunesse et de la guerre. Il est monté sur un paon,
destructeur de serpents (les attachements corporels...) et brandit le Vel, la lance dont
les trois parties (tige, partie large du fer et pointe) sont la puissance,
lintelligence et la victoire. Ce fils de Shiva est aussi appelé Soupramanien
(Subrahmania)... On le vénère avec éclat à loccasion du Kavadi (a)
et la plupart des grands temples urbains lui sont consacrés.
on
frère aîné Ganesh (ou encore Ganapati, Vinariegel,
Pouléal...) est le fameux dieu à la tête déléphant, juché sur une souris.
Selon Jean Herbert, il "représente lappel à la force spirituelle par
opposition à la confiance en la force matérielle, la puissance de la grâce divine par
opposition à leffort humain". Il est un guide, celui qui lève les obstacles
et que lon invoque au début de toute entreprise. Les Malbars le connaissent bien et
lapprécient, et ses images ou ses statues se rencontrent systématiquement dans les
temples.
e
père de Ganesh et Mourouga, Sivène (Shiva, le Bon),
na peut-être pas à la Réunion la popularité de ses fils, mais sa présence
imposante se dessine constamment dans lensemble des cultes. Dieu majeur de
lhindouisme, il fait partie de la "Grande Trinité", dans laquelle il
représente laspect destructeur. Mais une destruction recréatrice, amenant à une
conscience supérieure et rapprochant de Dieu. Une de ses représentations les plus
fréquentes est le lingam,
cette simple pierre daspect phallique nest pas seulement un symbole de
création, mais représente surtout la Nature fondamentale. Parmi ses autres symboles, le
trident, ou soulon
(la Trinité, les trois guna
ou encore léveil, le sommeil et le rêve...) ainsi que le taureau blanc Nandi,
véhicule du dieu. La fête de Shivarâtri est, depuis larrivée des prêtres
brâhmanes étrangers, une date importante du calendrier indo-réunionnais. Le
développement du bhârata-natyam
ne peut également que faire croître limportance locale de Shiva Nâtarâja, le roi
de la danse.
i
Brahmâ, le Créateur, noccupe quune place relativement
secondaire, il nen va pas de même pour le Protecteur, Vishnou (Vishnu),
connu davantage à la Réunion sous le nom de Govinden et surtout honoré à travers ses
avâtara (incarnations ou descentes sur terre), en particulier Râma (Rama ou Lamèl... à
la Réunion) et Krishna (ou Kichenin...). Râma, le septième avâtara de Vishnu,
est connu surtout en tant que héros du Râmâyana, lépopée dont il est le
héros et qui le conduisit notamment à devoir délivrer sa femme Sîtâ, prisonnière du
démon Râvana dans lîle de Lanka. A la Réunion son histoire, ou au moins des
passages importants, sest transmise de génération en génération, grâce à
quelques livres, mais surtout par la tradition orale, voire à travers certaines
représentations de bals tamouls (b).
Difficile de dissocier lévocation de Râma de celle
de son plus précieux auxiliaire et plus fidèle dévot : le chef de larmée
des singes, Hanumân (Anoumal ou Almal à la Réunion). Celui-ci est, dit-on, à
lorigine dun personnage jadis familier de la population mais devenu rare
aujourdhui : le Jako
malbar (c). Ses performances, grimages et contorsions, dans les
chemins de lîle feraient revivre un épisode au cours duquel ses ennemis
cherchèrent à enflammer sa queue, ce qui finit par se retourner contre eux.
Deux moments de la vie de Krishna sont fameux, à
la Réunion comme ailleurs ; il sagit de sa naissance et de son enfance
dune part, occasionnellement évoquées dans des "bals", et dautre
part son intervention auprès dAldunin dans le Mahâbhârata : leur
dialogue constitue la Bhagavad-Gîtâ. Quelques esprits se plaisent - avec une
audace certaine quils justifient tant bien que mal - à retrouver en lui une sorte
dadaptation orientale du Christ...
es
Malbars réunionnais, toujours sous linfluence de leurs
ancêtres engagés, ont conservé un attachement certain pour dautres dieux tels que
Mardévirin, (Madurai Vîran, le Héros de Madurai), personnage aventureux et
guerrier que lon représente monté sur un cheval blanc et qui fait office souvent
de gardien du temple. Il y a encore Mini et Kartéli, avec lesquels, selon Christian Barat
"on se trouve à la frontière floue entre les dieux (bondie) et les esprits
de gens morts (zespri d-moun mor)".
Mini, ou Mouni, ne correspond pas vraiment à cette
définition : il est en effet une sorte de représentation synthétique de sept
saints, qui peuvent aussi être invoqués séparément, chacun selon ses prérogatives
spécifiques. Si lon parle de saints, cest quils en ont eu le
comportement exemplaire et quils jouent traditionnellement, pour les membres
des basses castes en particulier, le rôle dintermédiaires avec les grandes
divinités (Shiva surtout) : on retrouve ici le rôle des Saints catholiques.
itons, pour terminer ce catalogue
loin dêtre exhaustif, une dernière divinité un peu spéciale puisque semble-t-il
inspirée originairement de lIslam des Indiens "laskars" : je veux
parler de Nagoura Mira, connu sous le nom de Nargoulan. Dans la cour de la plupart
des coïlous
réunionnais a été érigé un mât, portant haut la "main dAllah",
létoile et le croissant, et auquel est hissé un pavillon coloré : il honore
Nargoulan (appelé aussi "Bon Dieu Pavillon)". La popularité de celui-ci
viendrait peut-être de la protection quil accorda, dit-on, à des immigrants en
route pour lîle et dont le navire fut pris dans une tempête. Les rescapés lui
rendirent hommage en plantant en terre lobjet, à leur disposition, pouvant
sélever le plus haut possible vers Dieu : le mât de leur navire où flottait
le pavillon. Dans certains temples on peut voir encore une représentation des voiles
accrochées à ce poteau. Notons que traditionnellement le Jako malbar, avant ses
prestations, vient prier le Nargoulan...