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ans
les statistiques démographiques, ce groupe noccupe
finalement quune place minime, nous lavons vu : sans doute autour de 3%
de la population totale. Pourtant, les touristes comme les Réunionnais de souche qui
arpentent les rues commerçantes des villes du littoral, les croiraient aisément beaucoup
plus nombreux, tant leur présence est visible, tant est manifeste leur rôle
incontournable dans léconomie locale. (Photo1,
photo2).
Lensemble indo-musulman - qui ne constitue dailleurs pas lintégralité de la population de confession islamique, puisquon compte environ cinq milliers de Comoriens - nest pas monolithique, contrairement à ce que lon a tendance à observer de lextérieur. Il est vrai quaujourdhui la différenciation entre Baïssab et Surti nest plus quanecdotique et fait référence à un passé révolu où ont pu exister quelques querelles, dignes de Clochemerle, entre immigrants originaires du district de Surate ou de celui de Broach. De nos jours les familles et les intérêts se sont plus ou moins intimement mêlés et confondus, et cette entité gujerati est donc foncièrement unie. En particulier autour du rite sunnite hanafite qui constitue son premier ciment. Reconnaissons toutefois que cest avant tout le cercle familial qui constitue le premier microcosme de référence, avec parfois les antagonismes que cela suppose. Sil faut trouver un clivage net, cest certainement entre, dune part, la grande majorité des ZArabes que nous venons dévoquer, installés sur lîle à partir du XIXème et jusque vers 1935 (a), naturalisés, avec souvent bien des difficultés et autres tracasseries administratives à partir de 1946 (b), et dautre part la minorité "karane", chassée de Madagascar dans les années 1970 par la situation devenue inconfortable. Les quelques centaines de Karanes - un terme non exempt de nuances péjoratives - eux aussi dorigine gujerati, sont dobédience chiite. Jai entendu parler, pour définir le type de relations entre les deux communautés, de "cohabitation distante", d "impression de ne pas appartenir à un même groupe", même si peuvent bien sûr exister quelques liens, à titre individuel. En fait les Indo-Musulmans de Madagascar sont largement méconnus, pour ne pas dire ignorés, de lensemble de la population réunionnaise, y compris de leurs coreligionnaires. Certains les décriront comme suffisants, affichant une certaine supériorité attribuée à une aisance déjà ancienne, à une tradition quasi intellectuelle: études en écoles françaises sur la Grande Ile, universités en Métropole... Il serait hâtif et caricatural de souscrire dun bloc à ce point de vue. Les Karanes nont certes pas de racines encore profondément ancrées dans la terre réunionnaise, mais y a-t-il une des communautés de lîle qui ne soit pas passé par ce stade dacclimatation sociale avant lintégration. Gageons que celle-ci se fera, dune façon ou dune autre, et que les Karanes sauront contribuer à lédification de la mosaïque culturelle de lîle en y apportant quelques unes de leurs spécificités, ainsi que louverture ou la liberté desprit quon leur prête et que, sans vouloir en faire une règle absolue, jai constatée. Puisque nous en sommes à lévocation de minorités, jouvrirai ici une rapide parenthèse pour signaler lexistence de cent à cent vingt Gujerati de religion hindoue, auxquels les férus détiquettes plus ou moins justifiées associeront celle de "Banians" (généralement perçue comme péjorative). Eux aussi sont en provenance assez récente de Madagascar, les racines indiennes plus lointaines étant à chercher dans des districts plus septentrionaux que ceux des ZArabes déjà évoqués. Beaucoup exercent des professions artisanales ou libérales : pharmacie, bijouterie...
(a) Date dun décret mettant un terme à la venue détrangers. (b) Année de la départementalisation. |
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