A LA RENCONTRE DES
MALBARS ET DES TAMOULS
(suite)
DES PRATIQUES RELIGIEUSES |
Plusieurs de mes informateurs ont insisté sur un aspect psychosociologique de la sorcellerie, à savoir son utilisation par certains dans le but dacquérir ou dasseoir une quelconque autorité, par le biais de manifestations à même dimpressionner les caractères influençables. Les manifestations en question sont, pour la plupart, bien connues. Certaines sont dailleurs dessence vraiment religieuse. Pas question de sorcellerie par exemple, pour la cérémonie de la marche sur le feu où daucuns, pourtant, savent seulement voir la "performance surhumaine" dont se montrent capables les acteurs et qui a de quoi frapper les esprits. Il existe dautres pratiques qui ont plus mauvaise presse. Cest le cas du "service poule noire". Ici aussi, cependant et malgré le mystère et les rumeurs qui lentourent, il semblerait que ce sacrifice dune poule pondeuse noire ne soit quune cérémonie religieuse. Il sagit dattirer les faveurs et la protection de la déesse Pétiaye (a) et du monde des ancêtres sur les enfants de la famille. Plus proches de la magie sont les différentes formes dexorcismes et autres rites de purification ou dexpulsion. Lorsque les maux frappant un individu sont interprétés comme le fruit dune jalousie, dun envoûtement, du contact avec un objet maléfique, de la possession par une "bébête" (b) il devient nécessaire de recourir à un exorcisme. Celui-ci peut prendre diverses formes, dont une des plus connues est le "service croisée". Il aboutit à une offrande nocturne, comportant notamment un poulet, que lon dépose sur un van, à un carrefour. On ma aussi affirmé que ce "service" se faisait dans lintention damadouer de malfaisantes divinités féminines résidant aux croisées de chemins, de même quen Inde on apaise les mauvais esprits des forêts Dautres façons de procéder sont plus violentes, comme celle qui consiste à frapper la personne possédée jusquà labdication du Mal. Quoi quil en soit, si les Malbars sont peut-être les plus renommés pour lefficacité de leurs pouvoirs, ils nont pas le monopole de la magie, nous lavons dit. Malbars sorciers, tisaneurs, devineurs et autres guérisseurs font parfois trop oublier une religion dune richesse, dune profondeur extrêmes. On comprend en tout cas que les promoteurs du "renouveau tamoul" déplorent que lhindouisme local, populaire et de ce fait très marqué par les croyances aux démons ou autres mauvais esprits, soit entaché dune réputation si peu avantageuse. Sans doute nuit-elle en effet à ceux qui trouvent ou cherchent dans cette religion des valeurs autrement nobles et positives. Pourtant, comme me le rappelait un swami, lhindouisme part de lanimisme des peuples dits primitifs et va jusquau monisme absolu. Gardons-nous donc de mesurer les errances dautrui à laune de notre élévation desprit... qui nest en somme quune étroitesse desprit tenue en meilleure estime!
(a) Voir la rubrique "Gros plans". (b) Un démon. |
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