A LA RENCONTRE DES
MALBARS ET DES TAMOULS
(suite)
TRADITIONALISME MALBAR & |
Les distiques du Kural ont circulé de façon ininterrompue à la Réunion depuis les premiers temps de limmigration, même si lon na pas forcément fait grand cas de leur enseignement. Nempêche ! Nest-ce pas un bel hommage à la culture ancestrale ? Une trop brève émission radiophonique hebdomadaire de Radio Réunion destinée aux fidèles de la religion hindoue a dailleurs fait connaître à un plus large public le contenu de cette uvre (a). Encore un petit signe que des efforts sont faits, quune vitalité renaît ou se maintient, cest selon. Autres monuments littéraires inséparables du vécu culturel malbar : le Mahâbhârata, connu localement sous les titres de Barldon ou Vaninvarson et le Râmâyana. Colossale épopée indienne, patchwork démesuré de légendes et de philosophie, fontaine intarissable de sagesse et de rêve, écrin de la Bhagavad-gîtâ le Mahâbhârata est assurément tout cela, et bien autre chose encore. Nous verrons plus loin quà la Réunion le Barldon se trouve lié, par essence, à une pratique telle que la marche sur le feu et tout ce qui lentoure. Il est aussi en grande partie, avec dautres récits mythologiques tels que ceux qui se rapportent à lenfance de Krishna, à la source dune manifestation culturelle des plus étonnantes: le "bal tamoul" , "bal malbar" ou narlegon... Le Râmâyana a lui aussi inspiré le "bal tamoul", de même quil est à lorigine, selon certains, du personnage appelé "jako malbar" ou "danseur jako" (b) : représentation populaire dun des personnages principaux de lépopée, le général de larmée des singes, Hanumân (Almal ou Anoumal à la Réunion). (Photo1, photo2, photo3, photo4, photo5). Peut-on par ailleurs parler dune littérature indo-réunionnaise contemporaine ? A coup sûr. Limitée certes, mais dont on peut espérer quelle prendra de lampleur et gagnera en originalité à moins quelle ne se fonde dans une "créolitude" qui pourrait aboutir au meilleur comme au pire. Le pire sil sagit de senfermer dans une insularité littéraire et linguistique aux aigreurs souvent légitimes mais aussi appauvrissantes. Le meilleur si lon sengage sur la voie dune créativité à laquelle se prête la nature même de la langue créole, sur la voie dune ouverture aux mondes latents dans les propres racines des cultures locales (voir cet extrait poétique). On retiendra une production poétique en devenir et surtout, sous diverses formes, une relative abondance décrits de réflexion sous la plume par exemple dun André Marimoutou (à la tête dune Université Populaire à Saint-Benoît et traducteur en créole de passages du Mahâbhârata), ou dun Sully Govindin... A ma connaissance, un seul roman à ce jour peut être qualifié de malbar: celui de Firmin Lacpatia, déjà cité, Boadour. Quant à la poésie, elle se trouve notamment et brillamment représentée par Jean-Claude Carpanin Marimoutou (universitaire, auteur aussi de l'ouvrage Narlgon la lang, paru en 2002), dont je cite un court extrait ci-dessus). Petite mention également pour une revue qui depuis quelque temps s'efforce de paraître régulièrement : Tamij Sangam. Concoctée par une association du même nom, cette publication, outre le mérite dexister, a celui de sappliquer à diffuser un tout petit peu de connaissance sur lInde et les Indo-Réunionnais, dans les domaines de la religion, de lhistoire, de lactualité ou, timidement, de la langue tamoule. Daucuns regretteront que la revue naccorde qu'une place relativement restreinte à la culture malbar locale.
(a) Depuis quelque temps, une émission dominicale préparée par l'Ashram Râmakrishna de Saint-Louis est aussi proposée sur les ondes de la radio RJL. (b) Des recherches sembleraient montrer qu'il n'existe originellement pas de lien entre Hanumân et le Jako. Celui-ci pourrait représenter plutôt l'aboutissement d'une influence musulmane en Inde même et être lié à un autre animal: le tigre. |
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