A LA RENCONTRE DES
MALBARS ET DES TAMOULS
(suite)
TRADITIONALISME MALBAR & |
Nous avons vu, par l'illustration, lexemple de la demeure de Mme Desbassyns, mais plus éloquente encore est lutilisation presque systématique de la varangue comme élément majeur de la case créole, dès lors que celle-ci se hausse au-dessus de son expression la plus modeste. La varangue, outre lagrément de son esthétisme, a pu être une véritable institution dans lart de vivre créole, voire dans le système des relations sociales, en tant quespace de transition entre le petit univers privé et la sphère publique. Deux éléments décoratifs probablement dorigine indienne sont également très présents : les losanges en bas-relief coloré qui ornent les frontons des cases de bois, et surtout les lambrequins. Ces sortes de dentelles blanches de bois, de métal ou, actuellement, de matière plastique, festonnent les bordures des toits et donnent immédiatement au logis le plus ordinaire un petit air pimpant et presque luxueux. Tout un art du paraître qui ne doit pas faire oublier que beaucoup de Malbars vivent dans des conditions de logement peu reluisantes. Des rites particuliers liés à lédification de la case doivent aussi être signalés. La position de la planète Vénus (Velli en tamoul) est prise en compte, lentrée doit normalement y faire face ; une importance toute particulière est accordée au choix du moment précis où les travaux doivent débuter, en fonction du pandyagom, lhoroscope tamoul. La mise en place de la "première colonne" est aussi déterminante, avec lenfouissement dune offrande de camphre, feuilles de bétel, eau safranée et surtout pièces de cuivre. Tout au long de la construction et souvent au-delà, une étoffe rouge écartera les mauvais esprits et autres influences néfastes. (Photo1, photo2, photo3, photo4, photo5, photo6, photo7).
Encouragés peut-être par lexemple des Pondichériens ou des voisins mauriciens, ce sont avant tout les jeunes tamouls des deux dernières décennies qui, pour les grandes occasions et les célébrations religieuses, se sont mis à arborer comme signes identitaires éclatants le sari pour les femmes et le vesti pour les hommes. Létalage dun luxe vestimentaire dans lenceinte des temples nest dailleurs pas sans choquer certains, qui attendraient plus dhumilité en ces lieux. Le langouti, rudimentaire pièce détoffe que lon attachait autour des reins, fait désormais plutôt partie des souvenirs. (Photo9, photo10, photo11, photo12). Composants essentiels de la parure féminine, les bijoux ont toujours eu un rôle privilégié (thâli, mangalion, moukouti, atiké, patli...). Lor de qualité - peu importait le style - était transmis de grand-mère en petite-fille ; il constituait à la fois une marque de prestige, la richesse dont on ne se séparait pas et, par son éclat détournant les regards qui auraient pu porter sur la personne elle-même, une garantie contre le mauvais il. A présent, les jeunes filles ne sembarrassent guère de ces principes et se plaisent parfois à se surcharger coquettement de fantaisies plus ou moins indiennes. Pour ce qui est du moukouti et de la chaînette de cheville, on peut parler dun véritable phénomène de mode qui touche autant les autres groupes ethniques de lîle que les jeunes Malbaraises. Certains bijoux masculins traditionnels sont eux aussi encore en usage : bijoux de mariage ou kalkin par exemple.Il en va de même, à un degré moindre, de lusage du pottu. Le pottu, ou koungon, est la marque de poudre ou de pâte colorée que lon sappose sur le front, entre les sourcils, au niveau de lâjnâ chakra si lon se rapporte au Kundalinî-yoga. Symbole de lil de la connaissance, signe protecteur, il permet accessoirement de savoir si la personne qui le porte est mariée ou non. Dans le premier cas la marque est rouge, dans le second cest le noir qui est utilisé. Il va sans dire que ce symbolisme nest pas systématiquement respecté, ni connu. On retient surtout laspect exotique et décoratif dun objet commercialisé maintenant sous forme de pastilles autocollantes, de formes et de coloris aussi variés que voyants. (Photo13, photo14, photo15).
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