INTRODUCTION
(suite)
LES REUNIONNAIS DORIGINE INDIENNE AUJOURDHUI (2)
Jai entendu dans les temples lire et psalmodier des pages entières des livres sacrés ; jai vu, dans la clarté incertaine dun ashram, le soir venu, des femmes dévouées recopier les prières tamoules quon chanterait aux cérémonies ; jai trouvé, sur les rayons des boutiques, des brochures et des cassettes importées de Madras ou de Bombay... Et pourtant, ceux qui chantaient ou copiaient, ceux qui écouteront ces cassettes, se contentent de déchiffrer ou de se laisser porter par le son dune voix... sans comprendre, ou si peu. Partout et par tous le parler créole est ressenti comme langue maternelle - mais il est dailleurs lui-même de plus en plus menacé, dans son essence et dans son statut, par le français qui seul est à même de garantir une promotion sociale. Le vocabulaire créole, composite, a toutefois accueilli sa part de vocables issus des langues indiennes, on en trouvera quelques éléments dans le lexique qui est loin de les rassembler tous. Si lon veut citer déjà quelques exemples significatifs, on se tournera spécialement vers le domaine de la gastronomie réunionnaise, où les populaires samoussas (du hindi "sambosa") côtoient linévitable cari et le rougail aux saveurs de feu (deux mots directement pris à la langue tamoule). Parcourir simplement les pages de lannuaire est déjà aussi un voyage en terre indienne, à travers ces patronymes dont la présence à côté des Payet et autres Rivière a quelque chose dexotique : Latchoumy (du nom de la déesse Lakshmî), Govindin (de lun des noms de Krishna), Tangatchy (dun mot tamoul signifiant "petite sur"), Catapoullé ou Virapoullé (dun suffixe venant du mot "pillaï", "enfant", et propre à une jâti (a) de propriétaires terriens) Notons que Jean-Régis Ramsamy a placé en annexe de son ouvrage déjà cité (b) une fort intéressante "Etymologie des noms Tamoul" (sic). Autre pilier de la culture : les croyances religieuses. Cest un point sur lequel nous reviendrons longuement plus loin, tant on aborde cette fois quelque chose dessentiel. Contentons-nous dès à présent de quelques grands traits. La situation concernant la communauté dorigine gujerati est claire : la religion musulmane est de règle, à quelques exceptions près. Religion partagée, du reste, avec les immigrants comoriens beaucoup plus récemment arrivés. Pour ce qui est des Malbars, le cas le plus répandu est celui des individus, ou plutôt des familles entières qui pratiquent, et de plus en plus ouvertement, à la fois le culte catholique et les rites "malbars" ou "tamouls" - entendons : hindous, avec des nuances que nous apporterons ultérieurement. Si lesprit occidental peut y voir une aberration, il ny a là rien danormal au regard de lhindouisme : souvenons-nous du rapport sur la Mission Indienne, cité plus haut (Photo).. Il faut toutefois noter deux types dévolution largement opposés selon les communautés : les pratiques islamiques, qui ont toujours été au moins tolérées à la Réunion, ont tendance aujourdhui à perdre de leur rigueur et de leur vigueur chez certains représentants des jeunes générations, tandis que dautres sont en quête dune profondeur quils cherchent davantage dans lIslam "arabe" quaux sources indiennes qui sont pourtant les leurs. Lémergence de tendances intégristes depuis lépoque de la Révolution Iranienne ne va d'ailleurs pas sans susciter quelques inquiétudes, au sein même de la communauté.
(a) Dans l'Inde traditionnelle: catégorie socioprofessionnelle, souvent confondue à tort avec la caste. (b) Jean-Régis Ramsamy : Histoire des bijoutiers indiens à l'île de la Réunion (Azalées Editions, 1999). |
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