INTRODUCTION
(suite)
LES REUNIONNAIS DORIGINE INDIENNE AUJOURDHUI (3)
Il ne sagit pas à proprement parler dune résurrection : en réalité se sont conservées à la Réunion des traditions que nombre de villes modernes de lInde même ont oubliées. Encore fallait-il retrouver leur signification profonde, perdue derrière lhabitude des gestes répétés souvent avec fidélité mais parfois dans lignorance. Encore fallait-il aussi restaurer un peu de lâme indienne dans la vie de tous les jours, prendre conscience dune identité, recréer paradoxalement une spontanéité et un besoin authentique des valeurs indiennes, aller jusqu'à promouvoir cette culture sur la scène des manifestations officielles. Si de tels besoins restent étrangers aux générations dun certain âge, tout imprégnées encore des valeurs quun certain milieu malbar a su faire perdurer depuis un siècle et demi, les jeunes par contre les ont faits leurs, tout simplement pour la raison que la modernité occidentale ambiante les en dépossédait davantage jour après jour. Des gens de bonne volonté, des groupes, des associations actives, de plus en plus nombreuses et dont les prémices remontent aux années 60 et 70 (a), se sont alors mis à luvre. Cest également sous la pression de ceux-ci quen 1986 a été ouvert, à Saint-Denis, un Consulat de lInde, de manière notamment à faciliter lobtention de visas pour les candidats de plus en plus nombreux au voyage vers la contrée des ancêtres. Mais les liens avec la lointaine mère-patrie restent bien lâches: songeons par exemple quil nexiste même pas de ligne aérienne ni maritime directe vers le sous-continent ; les relations économiques se limitent, ou presque, à limportation dune poignée darticles décoratifs, quelques pièces de mobilier fatiguées par le voyage, quelques décamètres de sari... Il faut se rendre à lévidence : lInde est la terre des aïeux mais elle nest pas le pays des Malbars réunionnais. Lactualité, la vie sociale, politique, quotidienne... de lInde demeurent méconnues de limmense majorité. Reste peut-être un certain élan du cur, même si nul représentant de la communauté ne songerait à se définir comme un Indien : Réunionnais sans doute, Tamoul éventuellement, Français parfois. Et puis... ce que nous avons écrit, au début de ces lignes, du métissage des cultures, est à considérer aussi sous le jour du métissage des sangs, qui explique à lui seul bien des évolutions (Photo2, photo3). Jouvrirai une brève parenthèse pour évoquer quelques uns des propos que jai recueillis auprès de Mme B. Bose Harrison, Consul de lInde à Saint-Denis. Ils éclaireront à leur façon les lignes précédentes. Elle avouait dabord sa totale méconnaissance de la Réunion et des racines indiennes dune partie de ses habitants, avant sa récente nomination dans lîle. Elle sest, surtout, dite surprise de trouver des pratiques selon elle disparues ou devenues exceptionnelles dans son pays ( mais que des recherches ultérieures lui ont fait apparaître comme des réalités encore vivantes dans l'Inde méridionale rurale ) : marche sur le feu, sacrifices de cabris... Surprise de lélégance avec laquelle les femmes portent le sari... mais aussi frappée par la perte de la langue dorigine, ou encore par des détails, notamment pour ce qui est des habitudes culinaires, dont les subtilités semblent ne pas avoir survécu à la traversée dun océan. Point de vue "indien" qui ne saurait tenir lieu vérité référentielle et qui ne s'est d'ailleurs pas donné comme tel : la malbarité nest pas lindianité, aussi faut-il sans doute parler de la première comme un système culturel à part entière, non comme dun succédané de la seconde (Photo4, photo5).
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