INTRODUCTION
(suite)
LES REUNIONNAIS DORIGINE INDIENNE AUJOURDHUI
l
est bien difficile de dire aujourdhui quelle est la
proportion exacte de descendants dimmigrés indiens à la Réunion. La question
a-t-elle seulement un sens, tant les sangs et les cultures se sont mêlés?. Les chiffres
concernant la proportion de Malbars
varient du simple au double. Peut-être ne se trompera-t-on guère en avançant 25% à 30%
des 700 000 habitants de lîle, tandis que les ZArabes
seraient - on est ici moins hésitant - aux alentours de 20 000.(Photo).
Lappellation "Malbar", souvent ressentie comme péjorative ou revendiquée au contraire comme marque identitaire, nest que le résultat déjà ancien dune de ces nombreuses confusions historico-géographiques qui aboutissent à des habitudes aussi trompeuses que bien ancrées. Le terme "malabar", à lorigine, désigne le "montagnard" du Kerala, au sud-ouest de lInde, alors quen réalité la plus grande partie des engagés étaient originaires du Tamil Nâdu, sur la côte opposée. Mais déjà à lépoque de la colonisation anglaise on parlait de Malabar pour nommer la Présidence de Madras... Aussi de nos jours entend-on parler, dans un souci dauthenticité, de "Tamouls". Mais ici encore les voies du langage ne rejoignent que curieusement la réalité : le mot "tamoul" sest en effet principalement mis à désigner, à la Réunion, le pratiquant de la religion hindoue, tandis quil devrait sappliquer au sens propre à une ethnie et une langue. Du reste, les ancêtres des "Tamouls" réunionnais nétaient pas tous, et de loin, issus de cette ethnie. Mêmes aberrations en ce qui concerne le vocable "ZArabe", lui aussi mal apprécié en général par les premiers concernés : les immigrés des districts de Broach et de Surate, dans le Gujerat, navaient de commun avec les habitants de la péninsule arabique que la religion... ce qui fut suffisant pour que la confusion sinstalle et perdure! Peut-être faut-il voir aussi dans ces errements du vocabulaire local un signe de la méconnaissance dont sont victimes ces communautés de la part des autres populations de lîle. Combien de fois ai-je constaté, dans les propos et lesprit de jeunes Créoles, Cafres ou ZOreilles avec qui jabordais le thème des religions, détranges assimilations entre "Malbar", "Bouddhiste", "ZArabe" et même "Témoin de Jéhovah" ! Les personnes que mes recherches mont amené à rencontrer, quant à elles, se sont rarement revendiquées indiennes avant tout, et quand elles lont fait, sans doute cela reflétait-il davantage une vision sentimentalement déformée quune réalité culturelle objective. La plupart se sont plutôt définies comme des "Réunionnais dorigine indienne", ajoutant si nécessaire le qualificatif de "musulman"... appellation à laquelle sa neutralité et surtout sa longueur interdisent tout avenir dans la langue quotidienne.
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